Moustiques génétiquement modifiés : solution sanitaire ou menace écologique ?

Les moustiques sont des vecteurs majeurs de maladies graves telles que le paludisme, la dengue ou encore le virus Zika. Chaque année, ces pathologies causent des centaines de milliers de décès à travers le monde.

Face à l’inefficacité croissante des méthodes traditionnelles de lutte, comme l’usage massif d’insecticides, une nouvelle approche se distingue : la modification génétique des moustiques, qui apparaît comme une alternative particulièrement prometteuse.

Cette méthode consiste à introduire dans la nature des moustiques génétiquement modifiés (OGM), incapables de transmettre certaines maladies ou dont la descendance ne peut survivre. L’objectif est de réduire drastiquement la population de moustiques nuisibles et, par conséquent, de limiter la propagation des maladies.

Principaux arguments de la controverse

Arguments pour

  • La modification génétique des moustiques constitue une alternative ciblée et efficace aux méthodes traditionnelles, en réduisant les populations nuisibles sans recourir aux insecticides chimiques.
  • Des expérimentations menées au Brésil et en Floride ont montré des résultats très prometteurs, avec jusqu’à 96 % de réduction des moustiques, tout en limitant les impacts négatifs sur la biodiversité.
  • Cette approche est soutenue par de grandes institutions comme l’Organisation mondiale de la santé, ainsi que par des fondations telles que la Fondation Bill-et-Melinda-Gates ou Tata Trusts, qui y voient un outil clé pour lutter contre des maladies comme le paludisme.
  • Sur le plan opérationnel, la solution est peu invasive, adaptable aux zones densément peuplées et compatible avec les contextes locaux, comme le montrent des programmes africains tels que Target Malaria.

Arguments contre

  • Des essais ont révélé des limites au contrôle génétique de la méthode : au Brésil, des moustiques génétiquement modifiés ont survécu, se sont hybridés avec des populations locales et ont transmis des fragments d’ADN, remettant en question l’efficacité et la maîtrise du dispositif.
  • Les impacts environnementaux demeurent incertains : la modification ou la suppression d’une espèce pourrait provoquer des effets en cascade sur les écosystèmes, notamment sur la chaîne alimentaire ou la dynamique d’autres espèces, sans garanties scientifiques à long terme.
  • La gouvernance du dispositif est contestée : le manque de transparence d’acteurs privés comme Oxitec, les intérêts économiques en jeu et l’insuffisance de consultation des populations locales, notamment au Burkina Faso, suscitent de fortes oppositions.
  • De nombreuses ONG appellent à l’application du principe de précaution, estimant qu’il est risqué de modifier génétiquement des espèces vivantes sans certitude sur les conséquences futures.